Archive for the ‘ Mouvements sociaux et populaires ’ Category

Le plan de QS pour réaliser l’indépendance

Le meilleur chemin vers notre indépendance

Le mouvement indépendantiste au Québec vit actuellement une grande transformation. Auprès des organisations citoyennes et politiques indépendantistes, notre option, l’Assemblée constituante, gagne du terrain. Les membres de Québec solidaire ont donc voté, lors de notre Conseil national, de continuer à la défendre au sein des Organisations Unies pour l’Indépendance du Québec.

Depuis 10 ans, Québec solidaire est cohérent. Nous défendons l’Assemblée constituante comme mode le plus sûr, le plus rapide et le plus démocratique pour que le Québec accède à son indépendance.

Le modèle traditionnel d’accession à la souveraineté est dans l’impasse. Tenir une simple campagne référendaire de 30 jours, qui scelle une fois pour toutes le sort du Québec, a prouvé son inefficacité. L’attente des «conditions gagnantes» a assez duré. Aujourd’hui, d’autres nations à travers le monde montrent l’exemple et défrichent un nouveau chemin pour l’autodétermination des peuples.

En contribuant financièrement à Québec solidaire, c’est la voie de l’Assemblée constituante que nous vous proposons d’appuyer. Pour que le Québec accède enfin à son indépendance.

Ce que Québec solidaire s’engage à faire dès le premier jour d’un gouvernement solidaire, c’est mettre en branle une assemblée de citoyennes et citoyennes démocratiquement élu-es. Ensemble, nous rédigerons une constitution pour le Québec qui sera soumise à la population par référendum.

Ensemble, main dans la main avec les peuples des Premières nations, avec les citoyens et citoyennes de toutes les origines, nous allons dessiner les contours de notre Québec souverain, en choisir les couleurs et peindre son portrait. Des personnes de tous les horizons auront l’occasion de débattre du projet de pays inclusif, féministe et écologiste que Québec solidaire mettra sur la table.

Au terme du processus, ce projet collectivement élaboré a nettement plus de chances de recevoir la faveur populaire.

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Source : http://us8.campaign-archive2.com/?u=202387a19d59f62f848a60fbc&id=393e61f2ac&e=14f60beae2

Andrés Fontecilla, président et porte-parole

Les fondations Rockefeller et Ford derrière le Forum social mondial : quand le militantisme social est financé par des fondations privées

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Cette année, le Forum social mondial se tient à Montréal. Le FSM réunit des militants sociaux engagés, des collectifs contre la guerre et des intellectuels de renom.
La plupart des participants ignorent que le FSM est financé par des fondations privées dont Ford, Rockefeller, Tides et consorts. Ce financement est en grande partie versé aux organisateurs du FSM sous la gouverne de son Conseil international.
Cette question a été soulevée à maintes reprises par des organisations progressistes et des militants du FSM : on ne peut lutter contre les élites du néolibéralisme et du nouvel ordre mondial et s’attendre en même temps à ce qu’elles financent nos activités!
Le Forum social mondial, dont le thème est « Un autre monde est nécessaire, ensemble il devient possible! », a vu le jour en 2001 lors de la tenue du tout premier forum à Porto Alegre, au Brésil.
Depuis sa création en 2001, le FSM est considéré comme un groupe de coordination internationale représentant des organismes populaires de la base déterminés à lutter contre la mondialisation. Son but déclaré est de remettre en cause le capitalisme d’entreprise et le modèle économique néolibéral dominant.
Lors de sa réunion inaugurale, le Forum social mondial s’est défini comme une contre‑offensive au Forum économique mondial (FEM), qui réunit annuellement des dirigeants d’entreprise et des politiciens à Davos, en Suisse. Le FSM de 2001 à Porto Alegre s’est tenu en même temps que le FEM à Davos.
Le FSM a certes de nombreuses réalisations importantes à son actif, attribuables en grande partie à la détermination des militants de terrain, sauf que la direction centrale du FSM, au lieu de s’opposer efficacement aux élites du nouvel ordre mondial, sert plutôt leurs intérêts corporatifs (souvent involontairement). C’est que le financement corporatif est devenu un moyen de coopter le FSM.
Le FSM a accompli deux grandes réalisations : sa participation en février 2003 à la protestation mondiale contre la guerre menée par les USA en Irak, et son soutien aux mouvements et aux gouvernements progressistes, notamment en Amérique latine.
Par contre, lors du FSM de 2013 à Tunis, la déclaration finale était en principe favorable à « l’opposition syrienne » soutenue par les USA. De même, le Groupe islamique des combattants libyens (LIFG), qui aurait prétendument dirigé le « printemps arabe » contre le gouvernement de Mouammar Kadhafi, a été tacitement confirmé comme une force révolutionnaire. Plusieurs ateliers sur la Libye louangeaient l’intervention militaire occidentale. Un atelier intitulé « transition de la Libye vers la démocratie » portait sur la question à savoir si la Libye s’en tirait mieux sans Kadhafi.
Financer la dissidence
Dès ses tout débuts en 2001, le Forum social mondial a été financé par des gouvernements et des fondations privées, dont la Ford Foundation, qui a des liens avec les services secrets étasuniens.
Le mouvement altermondialiste s’oppose à Wall Street et aux géants du pétrole du Texas contrôlés par Rockefeller et consorts. Pourtant, les fondations et les organismes de bienfaisance de Ford, Rockefeller et consorts accordent de généreuses contributions aux réseaux anticapitalistes progressistes et aux environnementalistes (opposés à Wall Street et aux géants du pétrole), dans l’espoir de finir par pouvoir les encadrer et coordonner leurs diverses activités.
Les mécanismes de la « fabrication de la dissidence » opèrent dans un environnement manipulable, par la coercition et la cooptation subtile d’un petit nombre de personnes qui comptent au sein des « organisations progressistes » comme les coalitions contre la guerre, les groupes environnementalistes et le mouvement altermondialiste. Bien des dirigeants de ces organisations ont dans un certain sens trahi leur base populaire.
Les corporations financent la dissidence pour mieux la contrôler.
La Ford Foundation (qui a des liens avec la CIA) a fourni des fonds au FSM pendant ses trois premières années d’existence dans le cadre de son programme axé sur le « renforcement de la société civile mondiale ».
Lorsque le FSM s’est tenu à Mumbai en 2004, le comité organisateur indien a décliné l’offre de soutien de la Ford Foundation. Mais cela n’a pas en soi modifié les liens du FSM avec les donateurs. Lorsque la Ford Foundation s’est retirée officiellement, d’autres fondations se sont positionnées.
Le FSM dispose de plusieurs sources de financement, dont celui d’un consortium de fondations privées sous la tutelle consultative du réseau Engaged Donors for Global Equity (EDGE).
Ce réseau, auparavant connu sous le nom de The Funders Network on Trade and Globalization (FTNG), joue un rôle de premier plan dans le financement des FSM successifs. Depuis le tout premier Forum en 2001, il a le statut d’observateur au Conseil international du FSM.
En 2013, Tom Kruse, le représentant du Rockefeller Brothers Fund, a co‑présidé le comité de programmation de EDGE. Au Rockefeller Brothers Fund, Kruse était responsable de la « gouvernance mondiale » relevant du programme « Pratique démocratique ». Les subventions accordées aux ONG par le Rockefeller Brothers Fund sont approuvées en vertu du programme « Renforcement de la démocratie à l’intérieur de la gouvernance mondiale », qui est en grande partie comparable à ce que propose le département d’État des USA.
Un représentant de la Open Society Initiative for Europe siège actuellement au conseil d’administration de EDGE. C’est pareil pour le Wallace Global Fund. La spécialité de ce dernier est de soutenir les ONG « traditionnelles » et les « médias alternatifs » comme Amnistie Internationale et Democracy Now (qui appuie la candidature d’Hillary Clinton à la présidence des USA).
Plusieurs membres du c.a. de EDGE représentent cependant des fondations familiales ou non privées ayant une vocation sociale (voir ci‑dessous).

Dans un de ses documents-clés (2012) intitulé Funders Network Alliance In Support of Grassroots Organizing and Movement-Building (le lien n’est plus disponible), EDGE reconnaît soutenir des mouvements sociaux qui remettent en cause le « fondamentalisme du marché néolibéral », dont le Forum social mondial, créé en 2001 :
« Du soulèvement zapatiste au Chiapas (1994) et la bataille de Seattle (1999) à la création du Forum social mondial à Porto Alegre (2001), les années TINA (There is no alternative) de l’ère Reagan et Thatcher ont fait place à la conviction croissante qu’un « autre monde est possible ». Les contre‑sommets, les campagnes internationales et les forums sociaux fournissent des espaces de discussion essentiels pour présenter clairement les luttes locales, partager des expériences et des analyses, développer un savoir‑faire et échafauder concrètement une solidarité internationale parmi les mouvements progressistes prônant la justice sociale, économique et écologique. »
Sauf qu’il y a une contradiction évidente : un autre monde ne peut être possible lorsque la campagne contre le néolibéralisme est financée par une alliance de donateurs privés fermement attachés au néolibéralisme et au programme militaire des USA et de l’OTAN.
Voici le communiqué de EDGE à propos du FSM de Montréal. Les donateurs financent non seulement les activités, mais influencent aussi la structure du Forum établie à Puerto Alegre en 2001 et qui consiste à proposer une mosaïque décentralisée et dispersée d’ateliers « bricolés ».

En ce qui concerne le FSM de Montréal, le consortium des donateurs (EDGE) vise les fins suivantes :
« (…) de créer un espace multidimensionnel rassemblant les bailleurs de fonds et les divers partenaires du mouvement (organisateurs, leaders d’opinion et intervenants), de façon à parvenir à une certaine harmonisation en favorisant une compréhension commune des visions, des valeurs, des principes et des voies d’une “transition juste.” » (Voir http://edgefunders.org/wsf-activities/)
Cette « transition juste » implique que le militantisme social devra se conformer à une « vision commune » avec les fondations privées, c’est-à-dire en ne faisant rien qui puisse de façon significative nuire aux structures de l’élite du capitalisme mondial.
Du point de vue des donateurs privés, « investir dans le FSM » constitue une entreprise rentable (déductible d’impôt). On s’assure ainsi que le militantisme demeure dans les limites du « dialogue constructif » et de la « critique », par opposition à la confrontation. Toute dérogation se traduit aussitôt par une réduction du financement des donateurs :
« Tout ce que la fondation [Ford] a fait doit être considéré comme un effort pour “faire du monde en endroit sûr pour le capitalisme”, comme lorsqu’elle réduit les tensions sociales en consolant les affligés, en offrant une soupape de sécurité aux gens en colère et en améliorant le fonctionnement du gouvernement. » (McGeorge Bundy, conseiller en sécurité nationale auprès des présidents John F. Kennedy et Lyndon Johnson (1961‑1966), président de la Ford Foundation de 1966 à 1979.)
Les limites de la dissidence sociale sont ainsi déterminées par la « structure de gouvernance » du FSM, qui a été tacitement convenue avec les bailleurs de fonds lorsque le FSM a vu le jour en 2001.
« Pas de dirigeants »
Le FSM n’a pas de dirigeants. Tous ses événements sont « auto‑organisés ». Le débat et le militantisme relèvent d’un « espace ouvert ». (Voir Francine Mestrum, Le Forum social mondial et sa gouvernance : le monstre à cent têtes, CADTM, 26 avril 2013, http://www.cadtm.org/Le-Forum-social-mondial-et-sa.)
Cette structure compartimentée est un obstacle à l’organisation d’un mouvement de masse significatif exprimé avec clarté.
Comment réprimer efficacement la dissidence populaire contre le capitalisme mondial?
Veillez à ce que ses dirigeants puissent être facilement cooptés et que les simples membres ne créent pas des « formes de solidarité internationale parmi les mouvements progressistes » (pour reprendre les termes exacts de EDGE) qui, d’une quelconque manière, pourraient miner les intérêts du capital corporatif.
La mosaïque d’ateliers distincts, l’absence relative de séances plénières, la création de divisions au sein et entre les mouvements sociaux, sans oublier l’absence d’une plateforme cohérente et unifiée contre les élites corporatives de Wall Street et contre la fausse « guerre mondiale contre le terrorisme » commanditée par les USA, dont on s’est servi pour justifier les « interventions humanitaires reposant sur la responsabilité de protéger » (Afghanistan, Syrie, Irak, Libye, Ukraine, etc.), en sont l’illustration.
L’objectif du programme corporatif est la « fabrication de la dissidence ». Les « limites de la dissidence » sont fixées par les fondations et les gouvernements, qui en fin de compte financent cette tribune coûtant des millions de dollars. Le financement est double :
1. Financement de base du secrétariat du FSM et des coûts du Forum.
2. Bon nombre des ONG présentes au Forum reçoivent des fonds des donateurs et/ou un soutien gouvernemental.
3. Le FSM de Montréal reçoit aussi un financement du gouvernement du Canada et du gouvernement provincial du Québec.
Ce qui finit par prévaloir, c’est une forme de dissidence qui ne menace pas le nouvel ordre mondial. Les participants au FSM qui proviennent de la base sont souvent induits en erreur par les dirigeants. Les militants qui ne souscrivent pas au consensus du FSM finiront par être exclus :

« En fournissant un financement et un cadre politique aux nombreuses personnes soucieuses et dévouées qui travaillent dans le secteur à but non lucratif, la classe dominante arrive à coopter leurs dirigeants au détriment de la base populaire, (…) et parvient à rendre le financement, la comptabilité et l’évaluation si coûteux en temps et en argent, qu’il devient pratiquement impossible de s’occuper de justice sociale dans de telles conditions. » (Paul Kivel, You Call this Democracy, Who Benefits, Who Pays and Who Really Decides, 2004, p. 122.)
« Un autre monde est nécessaire » demeure tout de même un concept important, qui exprime bien la lutte des mouvements populaires contre le capitalisme mondial, de même que la mobilisation de milliers de militants engagés qui participent actuellement au FSM 2016 à Montréal.
Le militantisme est manipulé. « Un autre monde est nécessaire », mais ne peut être possible sous les auspices du FSM qui, depuis les tout débuts, est financé par le capitalisme mondial et organisé de concert avec ses donateurs privés et gouvernementaux.
La question importante que les militants de Montréal doivent se poser est celle‑ci :
Est-ce possible de bâtir « une alternative » au capitalisme mondial, qui remet en cause l’hégémonie des Rockfeller de ce monde tout en demandant aux Rockfeller de ce monde de payer la facture?
Nous appelons les participants au Forum social mondial (FSM) de Montréal à soulever cette question et à en débattre : la campagne contre le néolibéralisme est financée par des fondations privées (et des gouvernements) qui sont fermement attachées non seulement aux principes du néolibéralisme, mais aussi au programme militaire mené par les USA et l’OTAN.
Pourquoi financeraient-ils des organisations qui mènent une campagne active contre la guerre et la mondialisation? Poser la question, c’est y répondre.
Michel Chossudovsky
Article original en anglais : http://www.globalresearch.ca/rockefeller-ford-foundations-behind-world-social-forum-wsf-the-corporate-funding-of-social-activism/5540552

Rockefeller, Ford Foundations Behind World Social Forum (WSF). The Corporate Funding of Social

Traduit par Daniel pour Mondialisation http://www.mondialisation.ca/les-fondations-rockefeller-et-ford-derriere-le-forum-social-mondial-quand-le-militantisme-social-est-finance-par-des-fondations-privees/5540787

Néolibéralisme et mondialisation de la guerre: le projet hégémonique des USA

Le projet hégémonique des USA

Le monde se trouve à une croisée des chemins dangereuse. Les Étasuniens et leurs alliés se sont lancés dans une aventure militaire qui menace l’avenir de l’humanité. De grandes manœuvres militaires et opérations clandestines de collecte de renseignements sont en cours simultanément au Moyen‑Orient, en Europe de l’Est, en Afrique subsaharienne, en Asie centrale et en Extrême‑Orient. La stratégie militaire USA‑OTAN comprend à la fois de grands déploiements sur des théâtres d’opération et des activités clandestines visant à déstabiliser des États souverains.

Le projet hégémonique des USA est de déstabiliser et de détruire des pays par toutes sortes de moyens : actes de guerre, opérations clandestines de soutien à des organisations terroristes, changement de régime et guerre économique. Ce dernier moyen comprend l’imposition de réformes macroéconomiques meurtrières imposées à des pays endettés, la manipulation des marchés financiers, la dégringolade manigancée de devises nationales, la privatisation de biens de l’État, l’imposition de sanctions économiques, la hausse de l’inflation et l’apparition de marchés noirs.

Les dimensions de ce programme militaire doivent être bien comprises. La guerre et la mondialisation sont intimement liées. Ces activités militaires et opérations de collecte de renseignements se font de pair avec un processus de déstabilisation économique et politique qui vise des pays en particulier dans toutes les grandes régions du monde.

Le néolibéralisme fait partie intégrante de cette stratégie en matière de politique étrangère. Il constitue le mécanisme de gouvernance de la déstabilisation économique. Depuis la crise asiatique de 1997, le programme d’ajustement structurel (PAS) du FMI et de la Banque mondiale évolue vers la mise en place d’un cadre plus large qui nuit en définitive à la capacité des gouvernements des pays de formuler et d’adopter des politiques économiques et sociales nationales.

L’établissement de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995 a également contribué à la perte de souveraineté nationale, et les accords commerciaux mondiaux qui en découlent (Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement et Partenariat transpacifique) vont pour l’essentiel transférer la politique gouvernementale entièrement entre les mains des grandes sociétés (s’ils sont adoptés). Ces dernières années, le néolibéralisme a étendu son emprise aux pays dits développés en Europe de l’Ouest et de l’Est. Des programmes de mise en faillite sont déjà en place. Divers pays (Islande, Portugal, Grèce, Irlande, etc.) ont subi des mesures d’austérité radicales allant de pair avec la privatisation de secteurs clés de l’économie nationale.

La crise économique mondiale est intimement liée à la tentation hégémonique des USA. Aux USA et dans l’Union européenne (UE), la poussée en spirale du budget de la défense se fait au détriment des secteurs civils de l’activité économique. « La guerre est bonne pour l’économie ». Les puissants groupes financiers qui ont l’habitude de manipuler les marchés financiers, monétaires et des matières premières favorisent aussi la poursuite et l’escalade de la guerre au Moyen‑Orient. Un processus d’appauvrissement à l’échelle mondiale fait partie intégrante de la stratégie du Nouvel ordre mondial.

Par delà la mondialisation de la pauvreté

Historiquement, l’appauvrissement de vastes pans de la population mondiale est le fruit de l’imposition de réformes macroéconomiques du genre de celles prônées par le FMI. Sauf qu’au cours des 15 dernières années, une nouvelle phase destructive s’est mise en branle. Le monde est passé de l’autre côté de la « mondialisation de la pauvreté », car les pays sont devenus des territoires ouverts.

Les institutions publiques s’écroulent, des écoles et des hôpitaux ferment, le système de droit se désintègre, les frontières sont redéfinies, des secteurs importants de l’économie, comme l’agriculture et la fabrication, sont acculés à la faillite. Tout cela finit par engendrer un processus d’effondrement social, d’exclusion et de destruction de la vie humaine qui provoque des famines et le déplacement de populations entières (crise des réfugiés).

Cette « deuxième étape » va au‑delà du processus d’appauvrissement enclenché au début des années 1980 par les créanciers et les institutions financières internationales. À cet égard, la pauvreté de masse résultant de la réforme macroéconomique ouvre la voie à rien de moins qu’un processus de destruction de la vie humaine.

De plus, le chômage endémique a entraîné une chute des coûts de la main-d’œuvre dans les pays en développement. L’élément moteur de l’économie mondiale est la consommation de produits de luxe et l’industrie de l’armement.

Le nouvel ordre mondial

De façon générale, les principaux acteurs organisationnels du Nouvel ordre mondial sont :

• Wall Street et les conglomérats du secteur bancaire occidental, avec leurs installations de blanchiment d’argent à l’étranger, leurs paradis fiscaux, leurs fonds spéculatifs et leurs comptes secrets;

• le complexe militaro-industriel, qui regroupe les principaux « entrepreneurs du secteur de la défense », les entreprises de sécurité, les sociétés mercenaires et les services du renseignement qui ont des contrats avec le Pentagone;

• les géants anglo-étasuniens du pétrole et de l’énergie;

• les conglomérats du secteur de la biotechnologie, qui contrôlent de plus en plus l’agriculture et la chaîne alimentaire;

• les grandes pharmaceutiques;

• les géants des communications et les conglomérats de médias, qui constituent l’arme de propagande du Nouvel ordre mondial.

Il y a évidemment des éléments communs, par exemple entre les grandes pharmaceutiques et l’industrie de l’armement, les conglomérats du pétrole et Wall Street, etc.

Ces diverses entités sociétales ont des échanges avec les organismes gouvernementaux, les institutions financières internationales, les services secrets des USA. La structure gouvernementale en est venue à se transformer en ce que Peter Dale Scott appelle « l’État profond », qui rassemble des services du renseignement sous le couvert, des groupes d’experts, des conseils secrets et des organismes consultatifs, où les décisions importantes du Nouvel ordre mondial sont finalement prises au nom de puissants intérêts sociétaux.

En outre, des agents des services du renseignement sont de plus en plus présents aux Nations Unies, y compris dans ses agences spécialisées, ainsi que dans les organisations non gouvernementales, les syndicats et les partis politiques.

Ce que cela signifie, c’est que le pouvoir exécutif et législatif n’est qu’un écran de fumée, un mécanisme en place pour apporter une légitimité politique à des décisions prises par « l’establishment » de l’ordre établi derrière des portes closes.

Propagande médiatique

Historiquement, les médias institutionnels, qui constituent l’arme de propagande du Nouvel ordre mondial, regorgent d’exemples d’agents du renseignement qui prennent en charge le service des nouvelles. C’est que les médias institutionnels ont leur utilité pour camoufler les crimes de guerre, ou encore pour maintenir la légitimité de politiciens occupant de hautes fonctions en les présentant sous un angle humanitaire.

Les actes de guerre et la déstabilisation économique deviennent légitimes. La guerre est présentée comme un moyen de maintenir la paix.

On assiste à la criminalisation de l’économie mondiale et du tissu politique du capitalisme occidental. L’appareil judiciaire au niveau national ainsi que les divers tribunaux des droits de la personne et cours pénales accomplissent la fonction utile de maintenir la légitimité des guerres menées par les USA et l’OTAN et des violations des droits de la personne.

Déstabilisation des pôles concurrents du développement capitaliste

Il y a bien sûr des divisions importantes et une rivalité capitaliste dans les hautes sphères de l’ordre établi. À l’ère de l’après-guerre froide, le projet hégémonique des USA consiste à déstabiliser les pôles concurrents du développement capitaliste que forment la Chine, la Russie et l’Iran, ainsi que des pays comme l’Inde, le Brésil et l’Argentine.

Ces derniers temps, les USA font aussi pression sur les structures capitalistes des États membres de l’Union européenne. Washington exerce une influence dans l’élection de chefs d’État, notamment en Allemagne et en France, qui lui sont de plus en plus favorables.

L’aspect monétaire est crucial. Le système financier international établi à Bretton Woods prévaut. Les rouages de la finance internationale sont dollarisés. Le pouvoir de création monétaire est utilisé comme moyen de s’approprier des biens de l’économie réelle. Les opérations financières spéculatives sont devenues un instrument d’enrichissement aux dépens de l’économie réelle. Les bénéfices excessifs des grandes sociétés et les milliards de dollars de gains spéculatifs (transférés aux organismes de bienfaisance des sociétés, qui ne paient pas d’impôt) sont également recyclés pour mieux exercer leur mainmise sur les politiciens et les organisations de la société civile, sans oublier les scientifiques et les intellectuels. On parle alors de corruption, de cooptation, de fraude.

L’Amérique latine en transition vers une « dictature démocratique 

Escadrons de la mort au Salvador

En Amérique latine, les dictatures militaires des années 1960 et 1970 ont été en grande partie remplacées par des régimes clients des USA, c’est‑à‑dire par une dictature démocratique qui en assure la continuité. On a aussi remodelé les élites dirigeantes de l’Amérique latine. On les a davantage intégrées à la logique du capitalisme mondial, ce qui nécessite une acceptation du projet hégémonique des USA.

La réforme macroéconomique a entraîné l’appauvrissement de toute l’Amérique latine.

Depuis les 40 dernières années, l’appauvrissement est attribuable à l’hyperinflation, qui remonte au coup d’État de 1973 au Chili et qui s’est poursuivie avec les réformes dévastatrices des années 1980 et du début des années 1990.

La mise en œuvre de ces réformes économiques meurtrières comprenait entre autres une privatisation massive et une déréglementation des échanges, coordonnées en liaison avec des opérations des services secrets des USA comme la « guerre sale », l’opération Condor, l’insurrection des contras au Nicaragua, etc.

Une nouvelle élite privilégiée intégrée aux structures d’investissement et du consumérisme de l’Occident s’est créée. Une volonté de changement de régime s’est manifestée dans un certain nombre de pays de l’Amérique latine.

Toute tentative d’adopter des réformes qui s’éloignent du consensus néolibéral subit des « coups bas » comprenant des opérations d’infiltration, des campagnes de diffamation, des assassinats politiques, des interférences dans les élections nationales et des opérations clandestines visant à fomenter des divisions sociales. Ce processus s’accompagne inévitablement de corruption et de cooptation aux plus hauts échelons du gouvernement et dans les structures existantes des grandes sociétés et du milieu financier. Dans certains pays de la région, il s’articule autour de la criminalisation de l’État, de la légitimité du blanchiment d’argent et de la protection du trafic de drogue.

Michel Chossudovsky

 

Source: http://www.mondialisation.ca/neoliberalisme-et-mondialisation-de-la-guerre-le-projet-hegemonique-des-usa/5532280

 

Le texte qui précède est le résumé en anglais de l’allocution prononcée par le Prof. Michel Chossudovsky à l’Université autonome nationale du Nicaragua le 17 mai 2016. Le professeur Chossudovsky a prononcé cette allocution après avoir reçu le titre de Docteur honoris causa en sciences humaines par l’Université autonome nationale du Nicaragua (UNAN).

 

Sur la question du Revenu Minimum Garanti (RMG)

auteur anonyme

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Le revenu de base

 

Il est intéressant de voir que le capitalisme lui même envisage et expérimente déjà le revenu universel selon wikipédia « Le revenu de base a été expérimenté notamment au Canada, en Inde ou en Namibie [réf . nécessaire] 16 ,17. L’Alaska a mis en place l’Alaska Permanent Fund, une forme particulière de revenu de base financée par les revenus miniers et pétroliers de l’État. Le revenu de

base est défendu au niveau mondial par des politiques allant des altermondialistes aux libertariens, des universitaires, des personnalités et des associations notamment regroupées au sein du BIEN.

Parmi les arguments invoqués pour sa mise en oeuvre on trouve les principes de liberté et d’égalité, la réduction voire l’élimination de la pauvreté, le combat pour des conditions de travail plus humaines, l’amélioration de l’éducation, la réduction de l’exode rural et des inégalités régionales18.

Le revenu de base peut aussi être justifié comme un dividende monétaire ou crédit social reçu par chacun lié à la propriété commune de la Terre et à un partage des progrès techniques reçus en héritage18. Cette mesure permet aussi de lutter contre le chômage et d’améliorer la flexibilité du marché de l’emploi 18 en luttant contre les trappes à pauvreté créées par les mesures de type revenu minimum ou les baisses de charges sur les bas salaires. »

« En Finlande, travailler pourrait devenir un choix » titrait le Figaro Et d’ expliquer :

Jusqu’ici, l’idée ressemblait surtout à une lubie utopiste réservée aux stricts milieux intellectuels. Si l’on ne connaît pas encore les détails exacts du projet de loi présenté par le premier ministre finlandais, Juha Spilä, on en connaît les contours. Le gouvernement de centre droit entend tester dans les prochains mois l’idée d’une allocation de base pour tous les citoyens du pays, sans distinction d’âge, de situation sociale ou de santé. L’expérimentation devrait être réalisée dans un premier temps dans une région du pays fortement impactée par le chômage servant de laboratoire.

Ce revenu universel, versé sans contrepartie, a pour objectif de permettre à chaque citoyen finlandais de vivre modestement. Pour le gouvernement, il s’agit de lutter contre la pauvreté. Un salaire minimum commun remplacerait alors toutes aides sociales en vigueur. Un Finlandais verrait donc s’évaporer ses aides au logement, aux études, au chômage mais aussi sa pension de retraite.

Les citoyens qui souhaitent avoir un niveau de vie plus élevé pourront bien sûr compléter ce revenu de base en étant salarié, artisan ou entrepreneur. La Finlande a un PIB par habitant ( environ 46.450 dollars) bien supérieur à celui de l’Allemagne (43.910 euros) et à la France (37.741 euros).

Le projet énoncé est soutenu majoritairement en Finlande où selon les premiers sondages, 79% de la population approuve cette idée alors que la réforme est également bien reçue par 69% des députés.

Cette proposition est réfléchie depuis maintenant plus de quatre ans et Vera Hjelt, une figure historique de la politique finlandaise, avait même défendu un programme similaire dès 1912 avec un plan appelé «Comment vivre sans mourir de faim?». Une démarche similaire est en place en Alaska, où les habitants se partagent depuis 1976 une partie de la rente minière et pétrolière de l’État.

Lors des dix dernières années, les Verts finlandais ont repris le sujet et se sont posés en défenseur d’un revenu minimum pour tous. La seule division aujourd’hui se situe en réalité aujourd’hui dans la somme de cette allocation mensuelle: 440 euros pour les Verts, 620 pour l’Alliance de gauche, entre 850 et 1000 euros pour le libéral Björn Wahlroos? Le premier ministre a évoqué la somme de 1000 euros alors qu’une étude récente publiée par le Helsinki Times évoquait la somme de 1166€ par mois pour éliminer complètement la pauvreté alors que le taux de chômage dépasse actuellement les10% dans un pays qui compte 5,4 millions d’habitants.

 

Une idée qui fait son chemin en Europe

Il y a quelques mois, l’économiste Marc de Basquiat et le philosophe Gaspard Koenig avaient abordé la problèmatique dans un essai appelé «Liber, un revenu de liberté pour tous». Marc de Basquiat affirme «ne pas être surpris par l’initiative finlandaise. La Finlande est un pays en avance sur cette question comme l’ensemble des territoires nordiques et qui ose surtout».

Cependant, l’économiste voit le modèle différemment avec «un maintien des cotisations et un revenu de base, dit universel, pour assurer la survie de chaque individu», hors frais de logement, en adéquation avec le seuil de pauvreté.

«La Finlande est un pays en avance, un pays qui ose»

Marc de Basquiat, économiste.

C’est également l’un des arguments des opposants au projet en Finlande. Ces derniers estiment, de plus, qu’injecter un revenu social garanti pourrait détourner la population du monde du travail.

Avec un revenu minimum très élevé, le citoyen aurait donc le travail comme «un choix de vie, un revenu complémentaire» pour obtenir un meilleur niveau de vie. «Je pense que la perception d’une telle avancée peut être différente, estime Isa Aldeghi, chercheuse au Crédoc. Dans les études que l’on a réalisé, on se rend compte que travailler ne sert pas seulement à gagner de l’argent mais est également un facteur d’identité, de sociabilité.

Cette réaction est même surtout présente dans les familles ayant une bonne situation».

Reste que depuis quelques années, l’idée d’un revenu universel fait son chemin en Europe.

La Finlande pourrait faire le premier pas alors que Podemos a évoqué cette initiative dans son programme en Espagne et que la Suisse prépare un référendum sur la question pour l’année prochaine. Certains hommes politiques français commencent également à s’intéresser à l’alternative.

Dans son dernier ouvrage, «Une crise devenue française, quelle politique économique pour la France?», l’ancien ministre du Budget, Eric Woerth, aborde la question. Arnaud Montebourg a également déjà évoqué la piste. «Ce serait une façon de transférer la responsabilité sur le citoyen.

En offrant un revenu minimum, on doit se débrouiller avec et spontanément il y aura une recherche de travail pour sortir de la précarité, explique l’économiste Jean-Marc Daniel (ESCP Europe).

Surtout que sur la question, on a un transpartisme». La réflexion est lancée.

 

Source : inconnu

Assemblée constituante indépendantiste ? – Impossible qu’elle soit démocratique sans grève sociale

Un texte important d’un militant indépendantiste qui rejoint des préoccupations sociales et politiques issues de la rue. Je le partage parce que les préoccupations dont il fait mention sont encore peu discutées dans le mouvement populaire alors qu’elles sont pourtant capitales du point de vue du peuple. – M.L.
À bas le capitalisme ! Vive le Québec libre !
«Appuyée par la circonscription de Gouin, celle de la porte-parole députée, la circonscription d’Hochelaga-Maisonneuve propose que l’Assemblée constituante ait « pour mandat d’élaborer une ou des propositions sur le statut politique du Québec, sur un projet de constitution d’un Québec indépendant… »1 Pour Québec solidaire, l’Assemblée constituante est plus qu’une revendication démocratique même majeure. Elle est l’axe stratégique à mettre en branle dès l’avènement d’un gouvernement Solidaire, avec ou sans alliés partidaires, afin d’unir l’ensemble de la nation derrière une constitution, à être ratifiée par référendum, pour réaliser son programme. Le hic est que cette stratégie, pour être démocratique, ne peut présumer que la future constitution québécoise sera nécessairement indépendantiste sauf à dire que le parti y défendra l’option indépendantiste.
Cette stratégie recèle les tares jumelles et mortelles de l’angélisme vis-à-vis les forces fédéralistes et de la démobilisation pour ses protagonistes indépendantistes.
Un peu d’histoire révèle la panoplie de moyens pas très catholiques auxquels les fédéralistes, c’est-à-dire la presque totalité du camp bourgeois canado-québécois, appuyés par l’impérialisme étasunien n’en déplaise aux nombreux amis « souverainistes » de Washington, sont prêts à mettre en œuvre. Ils vont du love-in et du coup de la Brink’s tout argent déployé à l’occupation par l’armée en passant par les menaces de scission des municipalités anglophones et par la loi de la dite clarté. Ces messieurs et quelques dames n’en ont rien à foutre de la démocratie à moins d’être assurés de gagner la joute. On verra que le sourire enjolivant de Trudeau junior cache les dents acérées d’un Quebec bashing prêt plus que jamais à déchirer sa proie.
Pour arriver à bon port sur une telle mer en furie, la perspective d’une incertaine constituante entre gens bien élevés ne saurait maintenir à flot le navire de l’indépendance. D’autant plus que la jeunesse l’abandonne, le privant d’un équipage détenant l’énergie suffisante pour affronter la tempête. Faute d’un souffle libérateur qui s’étiole dans le péquiste marécage néolibéral quand il n’est pas arrêté net par un identarisme à prédominance islamophobe relent de celui à dominante antisémite de l’époque de la Grande Noirceur, cette jeunesse cherche sous d’autres cieux, pas toujours libérateurs tant s’en faut, la régénération d’une civilisation en perdition. À moins qu’elle ne se laisse piéger par l’illusion entrepreneuriale ressuscitant un nouveau Québec Inc. de PME dépendant du bon vouloir de la finance fédéraliste et de la sous-traitance transnationale.
Proposer à cette jeunesse le même repas constitutionnel en lui ajoutant une dose piquante d’indépendantisme ne mue pas ce menu puisé dans le grand livre des recettes institutionnelles en nouvelle cuisine libératrice de la rue. Au contraire, ce repas trop pimenté en devient indigeste de reniement démocratique par son exclusion de cet Autre qui n’a plus droit au chapitre. Cette nouvelle cuisine requiert un nouveau menu puisé dans le Grand livre de la grève sociale dans lequel l’émancipation sociale revivifie cette libération nationale que l’hégémonie péquiste sur le mouvement national n’a cessé d’atrophier et qu’elle est à la veille d’assassiner sous la houlette du champion de l’anti-syndicalisme et du bon-ententisme avec Bay Street. S’accoquiner avec ce zombie au lieu de le planter et de le supplanter, tentation d’origine médiatique qui ne cesse de titiller la direction Solidaire, revient à s’enfermer avec lui dans le même cercueil destinée à la cave du musée de l’histoire. Ceci dit, rien n’empêche de précis accords ponctuels même avec la CAQ.
L’actuelle colère prolétarienne et populaire contre l’austérité et contre les hydrocarbures, sauf accident de parcours consenti par la bureaucratie syndicale d’entente pourrie ou de loi spéciale non défiée, aboutira à une grève générale de plus d’un demi-million de syndiquées du secteur public prévue pour trois jours au début décembre. Voilà le tremplin par excellence d’une grève sociale capable de renverser ce gouvernement de l’ultra-austérité pétrolière voulant provincialiser le Québec au niveau de la norme ALÉNA. Le Conseil national Solidaire se réunira à la veille de cette grève et au même moment des marches mondiales pour le climat. Occasion en or d’appeler à la grève sociale faite de blocage, d’occupation et d’autogestion territoriale, terre fertile menant à l’indépendance expropriant les banques et réalisant le plein emploi écologique, base de toute assemblée constituante à la fois démocratique et indépendantiste.»
Marc Bonhomme, 13 novembre 2015

Les mouvements sociaux et Québec solidaire : réflexions sur une contribution d’Amir Khadir

Je me permets ici de reproduire une analyse de Bernard Rioux dans Presse-toi à gauche concernant une récente contribution du premier député de QS à l’Assemblée nationale, Amir Khadir. Cette importante contribution pour la lutte de classes jette un regard nouveau sur la forme de lutte politique que pourrait adopter les mouvements progressistes face à la « confiscation de l’État » par les mouvements idéologiques de droite. Dans « Les mouvements sociaux et Québec solidaire », Amir Khadir expose franchement comment il entend, avec son organisation politique, pratiquer des transformations sociales au Québec pour le sortir d’une « grande noirceur sociale ». En effet, comment concilier un parti politique se définissant de gauche, participant aux urnes et à la rue en même temps sinon qu’en utilisant Québec Solidaire comme d’un levier, et même d’un pont entre le peuple, les mouvements syndicaux et sociaux, pour construire un rapport de force qui soit suffisamment résistant et solidaire pour qu’il soit en mesure d’effectuer les changements sociaux concrets dont la société québécoise a grandement besoin. Peut-on construire un parti politique fondé sur la classe ouvrière et les masses populaires tout en préconisant la bataille électorale et la lutte de la rue comme mode d’appropriation du pouvoir politique ? Tel est le principal défi auquel Québec solidaire fait face, si on considère les agressions répétées de la classe dirigeante pour isoler et diviser la résistance populaire contre les politiques austères des gouvernements capitalistes. Amir Khadir contribue non seulement à jeter la lumière sur les luttes sociales à venir, mais il propose une plateforme politique pour construire des réseaux sociaux et des fronts unis qui permettent de mener une lutte de classes adéquate pour faire face aux multiples assauts de la classe dirigeante. Il propose, pour faire échouer, le cas échéant, les plans austères des idéologues néo-libéraux inspirés par un retour au capitalisme sauvage, ni plus ni moins que l’unité dans le respect des luttes syndicales et ouvrières avec les luttes issues des mouvements sociaux et populaires, et ce , afin d’établir un rapport de force massif qui fasse reculer les prédateurs capitalistes et puisse annoncer au peuple des transformations sociales importantes pour le bien commun de tous et toutes les QuébécoisES.

Image de Amir Khadir

 

Amir Khadir vient de publier [1] une importante contribution intitulée : « Les mouvements sociaux et Québec solidaire. » Il relance avec ce texte contribution, un débat qui a surgi à de multiples reprises au sein de Québec solidaire, mais qui n’a jamais la chance d’être réellement mené jusqu’au bout. C’est pourquoi il faut remercier le député de Mercier de relancer un débat qui est central dans la construction d’un parti de gauche qui veut se définir comme un parti des urnes et de la rue. Le propos de sa contribution exprime la volonté de comprendre comment, dans l’histoire des dernières décennies, se sont définis les rapports des différents mouvements sociaux avec les partis politiques et particulièrement, avec le Parti québécois. Nous voulons ici discuter tant les explications proposées de la dynamique sociale et politique que des perspectives qu’il trace à cet égard.

1. Pour une définition des conditions politiques de l’autonomie des mouvements sociaux

« Il existe de nombres exemples de tels liens [organiques] entre parti et mouvement syndical ailleurs dans le monde, mais eux-ci ont généralement produit avec le temps une relation unidirectionnelle, dominée par une optique instrumentale. Dans ces cas-là, le syndicat et organisations populaires ont été mis en subordination par rapport à des partis qui, sitôt aux commandes de l’État, ont renié leurs obligations politiques envers ceux-là même dont l’appui à été décisif dans leur conquête du pouvoir. » [2]

Au Québec, dit-il, « on peut citer l’exemple du Parti québécois qui a bénéficié, pendant quatre décennies de l’appui massif de diverses composantes du mouvement social et de ses leaders… Mais le PQ a su utiliser ces appuis pour se hisser au pouvoir et a manoeuvré avec habileté pour esquiver ses engagements envers le milieu syndical, allant jusqu’à le trahir de plus en plus ouvertement. » [3]

On peut à premier niveau accepter de voir que le mouvement syndical a été instrumenté dans l’alliance qu’il a nouée avec le Parti québécois. Mais, il est nécessaire de préciser la nature de cette alliance. Le Parti québécois a été formé en 1968, à partir de la fusion du Mouvement souveraineté-association (une scission du Parti libéral du Québec) avec le Ralliement national (un petit parti indépendantiste de droite). La direction du MSA avait refusé d’inclure le Regroupement pour indépendance national dans cette fusion. L’objectif de la direction Lévesque, c’était d’hégémoniser le mouvement indépendantiste, de lui donner une nouvelle orientation (souveraineté-association) et une plus grande crédibilité face à l’opinion publique. Dans ces mêmes années, le débat dans le mouvement syndical amenait les centrales à publier trois manifestes radicaux [4], qui avançaient un rejet plus ou moins explicite du système capitaliste sans par contre poser la question de l’autonomie politique de classe, c’est-à-dire l’organisation d’un parti politique des travailleurs et des travailleuses indépendamment des partis de la classe dominante. La question du choix entre la perspective d’alliance avec le Parti québécois et celle de la fondation d’un Parti des travailleurs et des travailleuses a bel et bien été discutée. La gauche syndicale défendait, pour une bonne partie cette perspective, mais les directions syndicales se sont assez rapidement rangés derrière le soutien au Parti québécois (de façon explicite pour la FTQ particulièrement) ou de façon implicite pour la CSN et ont gagné la majorité à cette position.

L’autonomie politique du mouvement syndical aurait impliqué l’organisation d’un parti de classe et non le ralliement à un parti dirigé par un personnel politique issu du Parti libéral du Québec. La neutralité partisane proclamée visait essentiellement à masquer une politique qui refusait la mise sur pied d’un parti de classe, le ralliement à un bloc social nationaliste dirigé par le Parti québécois et à un projet social qui se disait proche des travailleurs, mais qui visait la promotion et le développement du Québec Inc. Ce bloc social connaîtra un premier effritement avec l’offensive antisyndicale contre le secteur public en 1982. effritement qui conduira à la défaite de 1985. Cette alliance avec le Parti québécois, a permis à ce que les organisations syndicales et populaires servent effectivement de marche pied pour la conquête du pouvoir.

L’orientation du mouvement syndical est un enjeu d’un débat politique essentiel : soit comme le propose la majorité des directions, le mouvement syndical cherche à s’intégrer au capitalisme et à participer à son essor en le rendant acceptable auprès de ses membres soit il radicalise sa pratique et son discours pour faire face à l’offensive d’austérité permanente qui réduit ses droits. S’il cherche à se donner un projet politique comme réponse globale à cette offensive et noue les alliances avec un parti politique capable de porter un tel projet, son action s’inscrira dans la défense d’une autonomie politique réelle face projet des partis du capital. [5]

Amir Khadir soulève cette même hypothèse : « Bref, si un renouveau s’opère et que le mouvement syndical opte pour un projet de transformation sociale d’envergure, il peut compter sur d’innombrables alliés dans le mouvement social, qui sont eux aussi en mutation dans leurs structures de combat, avec une volonté renouvelée de transformation sociale majeure. » Mais, il ne s’agit pas là d’un processus spontané, les orientations dominantes dans le mouvement syndical bloquent cette perspective. Le bilan tiré dans le texte de Marie-Ève Rancourt [6]sur les rapports entre le mouvement syndical et les mouvements sociaux dans le cadre des luttes de ces dernières années est révélateur à cet égard.

La défense des intérêts des classes ouvrières et populaires ne peut pas s’adosser à aucun des partis politiques bourgeois, le PQ y compris. Et à ce niveau-là, ce qui est déterminant d’une évolution favorable du rapport de force entre classes, c’est l’existence d’un parti politique de classe implanté, la rupture avec le concertationnisme et enfin la mobilisation des organisations ouvrières, populaires, féministes, jeunes, écologistes sur leurs propres bases, y compris sur la question nationale. Projet indépendantiste et projet de société égalitaire sont les deux faces d’un combat que doit mener un parti indépendantiste de gauche. C’est cette articulation des deux axes de la lutte émancipatrice au Québec qu’a toujours rejeté le Parti québécois en affirmant tout au cours de son histoire qu’il voulait rassembler la gauche et la droite de la société québécoise. Il faut donc poser la question de l’autonomie politique des organisations syndicales et des mouvements sociaux n’ont d’abord en termes organisationnels (même si c’est essentiel de reconnaître et de respecter la démocratie interne à ces mouvements) mais en termes politiques et voir que le mouvement syndical, en particulier, est traversé par des orientations de classe diverses et souvent antagoniques qui déterminent la nature et les types d’alliance avec des partis politiques déterminés. La construction d’un vaste front social et politique contre les politiques néolibérales passe par des alliances avec des partis politiques qui défendent les mêmes intérêts et les mêmes espérances.

2. Pour une évaluation politique des forces et faiblesses du mouvement social

Dans un deuxième temps, Amir Khadir se lance dans une évaluation des forces et des faiblesses du mouvement social. Le mouvement social est numérique fort et diversifié. Le mouvement social est ancré à gauche. Mais, le mouvement social, écrit-il encore, est politiquement affaibli, celui ne lui permet plus ou pratiquement plus d’infléchir des positions gouvernementales.

Deux remarques s’imposent. Premièrement, parler du mouvement social permet de faire quelques remarques sur son importance numérique. Mais en fait, même à ce niveau, distinguer les différents mouvements sociaux, reconnaître les spécificités du mouvement syndical, sa force, son hétérogénéité, son intégration aux mécanismes de l’État, son implication dans la gestion d’une fraction du capital financier faisant affaire au Québec, l’existence d’une couche bureaucratique en son sein, tout cela fait du mouvement syndical, un mouvement social tout à fait particulier. Le mouvement populaire, le mouvement des femmes, le mouvement étudiant, le mouvement écologique… mériteraient également une caractérisation qui respecterait la spécificité de chacun. Parler du mouvement social au singulier permet d’esquiver des questions essentielles.

Se préoccuper de ces spécificités créerait une certaine gêne à parler d’un mouvement social ancré à gauche. Au contraire, on voit très bien que tous les mouvements sociaux sont traversés, chacun ayant des spécificités propres, par des orientations politiques contradictoires reflétant soit le poids plus ou moins important des thèses véhiculées par la classe dominante , soit les aspirations qui sont des moteurs des luttes organisées par les mouvements sociaux.

Avec l’offensive néolibérale, depuis les années 80, le mouvement syndical, tout particulièrement n’a pas eu tendance à se radicaliser, mais au contraire, il a accepté d’opérer dans le cadre d’une stratégie de partenariat. L’alliance du PQ et des directions syndicales s’est réalisée à partir de l’assimilation des intérêts syndiquéEs à ceux des patrons qui a conduit au rejet par les directions de toute perspective
d’autonomie politique de classe.

Depuis le tournant néolibéral de la classe dominante, cette alliance s’est maintenue et s’est redéfinie plusieurs fois. Du soutien critique au PQ au soutien au PQ comme moindre mal malgré ses politiques social-libérales, il y a eu toute une série de glissements dans le mouvement syndical qui a eu comme constantes la défense du partenariat et le refus systématique de travailler à la construction d’un parti politique des travailleurs et des travailleuses. Le sommet socio-économique de 1996 [7] a été l’illustration la plus claire d’où pouvait mener la reprise du discours patronal dans les rangs syndicaux. « Le sommet a eu pour résultat des pertes d’emplois, de nouvelles tarifications, une diminution de l’efficacité des services publics, ce qui a favorisé le recours a des services privés de santé et d’enseignement. Ainsi, le mouvement syndical a contribué à déstructurer les services publics qu’il prétendait vouloir préserver… Néanmoins, malgré ces fruits amers, le « partenariat social perdure dans le milieu syndical. La conséquence politique centrale de cette stratégie est le remplacement de la mobilisation des membres par des discussions à haut niveau desquelles les syndiquÉes sont excluEs. Le « partenariat social » se pratique aux dépens de la démocratie syndicale. Les travailleurs et les travailleuses sont ainsi désappropriéEs des moyens nécessaires de lutte pour améliorer leurs conditions de travail. Il ne faut donc pas se surprendre si la combativité des syndiquéEs n’est pas au rendez-vous. Le cercle vicieux- moins on mobilise moins les syndiquéEs sont mobilisables – justifie le partenariat. » [8]

Dans le mouvement étudiant, il y a également des fédérations qui prônent la concertation sociale. Le mouvement environnementaliste connaît ses groupes pro-entreprises et ses défenseurs du capitalistes verts et des écologistes anti-capitalistes. La gauche sociale ne peut donc être identifiée à l’ensemble du mouvement social défini comme un tout indifférencié.

Deuxièmement, la faiblesse des mouvements est liée à l’ampleur et la constante de l’offensive de la classe dominante d’une part et aux stratégies de concertation sociale qui sont en complet décalage avec les nécessités imposées par la politique de confrontation de l’oligarchie régnante.

Qu’est-ce donc la gauche sociale ? Ce sont les militant-e-s qui dans le mouvement syndical, le mouvement populaire, le mouvement féministe, dans la jeunesse au fil de leurs luttes se sont détachés du train péquiste (ou qui sont en train de le faire ou qui ont toujours refusé de s’y attacher), et qui, pour cela, ont soit rejeté la politique comme corruptrice, soit ont commencé à poser la nécessité de la construction d’un parti de gauche. Cette gauche sociale est également, en grande partie, une gauche politique puisqu’elle a fourni les bases de la construction de Québec solidaire. Elle reste aujourd’hui minoritaire et fragmentée, et devant une tâche colossale pour convaincre la majorité de rompre avec l’orientation de concertation sociale qui s’est imposée, avec plus ou moins de force à la tête du mouvement syndical et de certains mouvements sociaux.

3.Les perspectives électorales ne peuvent constituer l’unique critère pour l’évaluation des forces et des faiblesses de Québec solidaire.

Québec solidaire est uni et cohérent, écrit Amir Khadir. Il dispose d’une forte organisation et de sympathie populaire. [9]. Il démontre qu’avec des effectifs qui oscillent entre 12 000 et 15 000 membres, Québec solidaire est plus important, toute proportion gardée, que Die Linke en Allemagne, que le Front de gauche en France ou que le PTB de Belgique. Seul Syriza une meilleure implantation. Mais Québec solidaire tarde à avancer électoralement. [10]

Amir Khadir identifie les faiblesses de Québec solidaire uniquement à partir d’une optique électorale. Ces faiblesses sont extrinsèques : un système électoral non proportionnel, le vote utile, le mépris des médias, la perception trop répandue que QS est radical ou irréaliste, l’argent dont disposent les caisses électorales ou du PQ. Il identifie également les faiblesses intrinsèques de QS : faibles moyens financiers, enracinement insuffisant en région, des candidata.e.s qui n’ont pas la notoriété suffisante, la complexité du message.

D’un point de vue extrinsèque, la capacité des mouvements sociaux à faire face ou non à l’offensive d’austérité et à repousser cette dernière, n’est-elle pas essentielle à la force de la résistance tant sur le terrain économique et social que sur le terrain politique ?

4. Les faiblesses politiques des mouvements sociaux ne peuvent être analysées que d’un point de vue objectiviste.

Après avoir décrit le mouvement social comme ancré à gauche, Amir Khadir se voit forcé de nuancer ce propos pour expliquer les difficultés du mouvement social à faire face à l’assaut très soutenu des élites économiques et des partis de droite. Il explique succinctement les causes de l’érosion de l’influence des syndicats : « professionnalisation puis bureaucratisation ; corporatisme, voire parfois corruption ; chute du bloc socialiste et offensive néolibérale tous azimuts assortie souvent d’une répression législative, voire policière ; contrecoups subjectifs de leur perte d’influence aggravant à son tour la baisse (considérable aux États-Unis) des effectifs syndicaux. » [11]

Amir Khadir va à l’essentiel lorsqu’il écrit : « l’évolution de la conjoncture globale de nos sociétés ne permet plus aux mouvements sociaux, et au mouvement syndical en particulier de camper uniquement leurs actions dans un champ d’intervention sociale, autonome du champ de la politique partisane et d’appeler l’État à l’arbitrage. Pour résumer les choses, il faut dire que puisque la droite a confisqué l’État dans sa totalité, les mouvements sociaux ne peuvent ignorer la nécessité de faire irruption dans le champ politique et de changer le pouvoir, sans quoi c’est leur champ d’action social même qui risque de se refermer sur eux. » [12]

En fait, l’analyse esquive le fait que le mouvement syndical est traversé par des orientations contradictoires : une orientation en grande partie élaborée par les directions, mais qui ont des relais dans une grande partie des bases et qui prône une stratégie de concertation avec le patronat et les gouvernements ou qui cherchent à exercer des pressions pour amener les classes dominantes et leurs partis à se rallier à une telle stratégie et une orientation qui prône un syndicalisme de combat ou de transformation sociale, donc un virage politique important qui implique une rupture avec la stratégie de concertation et le recours à des moyens de lutte qui ne s’enferment pas dans les cadres légaux imposés par les États.

Que les mouvements sociaux développent les stratégies efficaces ne peut être indifférent à un parti comme Québec solidaire. Ne devrait-il pas jouer un rôle sur les possibilités du développement des capacités de résistance des mouvements sociaux ? Cette lutte pour que le mouvement syndical et les autres mouvements sociaux développent une « stratégie de décloisonnement » qu’Amir Khadir appelle de
ses voeux ne doit-elle pas être partie prenante de l’intervention d’un parti politique de gauche qui doit avoir à coeur d’aider les militantEs de la gauche syndicale et sociale – qui sont d’ailleurs, pour beaucoup des membres de la gauche politique – à faire cette irruption sur le champ politique. Un parti politique de gauche doit même en faire un axe essentiel de ses combats et des modalités de sa construction.

Se limiter à espérer que le Parti québécois sous la direction de PKP se range suffisamment à droite pour renforcer les clivages du PQ d’avec les mouvements sociaux permettant aux progressistes d’enfin rompre avec le PQ et de transférer leur allégeance à Québec solidaire, relève d’un spontanéisme qui évite de définir les tâches que la gauche politique doit se fixer dans les mouvements sociaux pour les aider à concrétiser cette rupture.

5. Les voies d’une stratégie de décloisonnement entre mouvements sociaux et Québec solidaire

« QS en est pleinement conscient.Ses porte-parole ont à maintes reprises reconnu qu’il serait illusoire de penser qu’un parti politique de gauche de la nature de QS puisse se développer significativement sans un soutien organisé, efficace et systématique d’une partie significative de l’ensemble du mouvement social. » [13]

Mais il ne faut pas limiter le soutien du mouvement social à Québec solidaire à un soutien qui lui permettrait de se développer sur le terrain électoral, même si un tel soutien est essentiel et doit être revendiqué haut et fort. Québec solidaire se définira comme un parti de transformation sociale dans la mesure où il pourra contribuer à l’amélioration des rapports de forces des mouvements sociaux face à l’actuelle offensive d’austérité. Le renforcement de l’autonomie politique des mouvements sociaux passe par le renforcement de leur indépendance de classe et le développement d’un projet de société qui leur soit propre.

Il pourra concrétiser cette orientation qu’en se fixant une série d’objectifs politiques :

- déconstruire le mythe de la neutralité partisane qui a été une couverture de la stratégie de concertation sociale comme l’a démontré le soutien au Parti québécois pendant des décennies.
- lutter pour l’autonomie politique des mouvements sociaux contre toute stratégie de concertation avec la classe dominante et ses partis dans le respect de la démocratie et de l’autonomie organisationnelle des mouvements sociaux
- défendre l’unité et le fonctionnement démocratique des diverses composantes du mouvement syndical
- contribuer à défendre l’unité et le respect dans les rapports entre le mouvement syndical et les autres mouvements sociaux afin de pouvoir constituer un véritable front social de résistance
- proposer des cadres de discussions unitaires à la gauche sociale et politique pour discuter de stratégies pour favoriser la résistance à l’offensive patronale et gouvernementale.

L’organisation des secteurs sociaux dans Québec solidaire et la construction de liaison organique avec les mouvements sociaux permettra de mieux apprendre de ces mouvements sociaux, de mieux comprendre les dynamiques et des enjeux propres à ces mouvements et favorisera l’élaboration par QS de perspectives plus concrètes ?

L’organisation dans des structures propres de militantEs syndicaux au sein de Québec solidaire comme cela a été adopté au Conseil national de novembre 2014 doit être appliquée au plus vite. [14]

Le texte d’Amir Khadir est un souffle d’air frais sur un questionnement qui n’a pas jusqu’ici été abordé de façon suffisamment conséquente. En ouvrant sur une vision du décloisonnement qui comprend bien que la gauche sociale et politique n’est pas deux réalités fermées l’une à l’autre mais en fait qu’elles recoupent, regroupant souvent les mêmes personnes, qui doivent apprendre à dépasser une conscience clivée par des champs d’intervention afin de « développer une stratégie de décloisonnement pour rendre cette frontière – entre pouvoir de la rue et institution du pouvoir- la plus poreuse possible en faveur du premier. » [15] C’est à ce prix qu’on prendra au sérieux le projet de construire Québec solidaire comme un parti des urnes et de la rue, un parti de la gauche d’un type nouveau !

 

Notes

[1Renouveler le syndicalisme pour changer le Québec, Écosociété, 2015,
295 pages

[2Amir Khadir, Les mouvements sociaux et Québec solidaire,in Renouveler le syndicalisme pour changer le Québec, page 221

[3Ibidem, page 221

[4CSN : Il y a plus d’avenir pour le Québec dans le système économique actuel et Ne comptons que sur nos propres moyens ; FTQ : L’État rouage de notre exploitation ; CEQ : L’école au service de la classe dominante

[5Voir la contribution d’Alain Deneault, Si le mouvement syndical opérait un virage politique, in Renouveler le syndicalisme, pp. 35 à 54

[6Marie-Ève Rancourt, Le syndicalisme : un outil de transformation sociale, pp. 122-147, in Renouveler le syndicalisme

[7Voir, Ghislaine Raymond, Le « partenariat social, sommet socio-économique de 1996, syndicats et groupes populaires, M Éditeur, 2013, 182 pages

[8Ghislaine Raymond, Le « partenariat social » Sommet socioéconomique de 1996, syndicats et groupes populaires, M Éditeur, 2013, pp.177-179

[9Amir Khadir, Les mouvements sociaux et Québec solidaire, page 233

[10Ibidem, page 235

[11Ibidem, p.239

[12Ibidem, p. 241

[13ibidem, page 244

[14Résolution du CN : 3.2 Se donner les moyens organisationnels permettant à Québec solidaire de resserrer ses liens avec les mouvements sociaux en :

- a. Encourageant et facilitant le réseautage des membres actifs dans divers mouvements sociaux afin de donner au parti une vision plus concrète et plus complète de la situation de chaque mouvement, de développer des perspectives stratégiques communes et d’encourager la mobilisation ainsi que la convergence des mouvements.
- b. Favorisant la tenue de rencontres des militantEs syndicaux membres afin de partager sur les défis auxquels fait face le mouvement syndical et d’élaborer des moyens d’action pouvant aider à l’enracinement du mouvement syndical dans les milieux de travail
- c. Visant l’organisation de collectifs étudiants Québec solidaire dans les universités et les cégeps du Québec et leur regroupement dans des rencontres régionales et nationales afin de planifier l’enracinement de Québec solidaire dans ce milieu et de mieux connaître les problématiques de ces milieux.
- d. Encourageant la participation des femmes de Québec solidaire aux activités de la Marche mondiale des femmes en 2015

[15Ibidem, page 239

Source: http://www.pressegauche.org/spip.php?article21837#nh1